Invitation au dialogue entre cultivateurs et consommateurs de coton

Fleur de fleur de coton, photo : Charles Ouassikoné

C’est en 2011 que j’ai pour la première fois rencontré les cultivateurs de coton du village de Karaba. J’étais alors au Burkina-Faso pour faire des recherches pour mon projet de théâtre documentaire « Cotton Project ». Nous avons passé un après-midi de chaleur écrasante à l’ombre d’un arbre neem., les hommes de la famille Siéza, Marc Siéni, Frédéric Bado et moi-même. Mon but était d’interviewer les cultivateurs de coton sur leur travail et les problèmes qui y sont liés.

Dès l’entame de l’interview, j’eu l’impression que les cultivateurs de coton n’étaient pas très enthousiastes d’échanger avec moi. Plus tard, j’ai essayé de m’imaginer à leur place dans cette situation. Une inconnue d’un autre continent apparaît dans leur cour et veut tout savoir sur leur travail et les problèmes qui y sont liés. C’est bien plus tard que j’ai réalisé que parler des problèmes de la culture du coton au Burkina-Faso peut attirer des ennuis. Les choses que m’ont raconté les agriculteurs du village de Karaba cet après-midi auraient pu leur engendrer de graves problèmes si elles tombaient dans l’oreille de la mauvaise personne.  Cette rencontre ainsi que les idées qui en sont nées ont laissé une empreinte profonde en moi.

kuokka

L’outil de travail le plus important pour les agriculteurs de coton du Burkina Faso. Photo : Charles Ouassikoné.

Quelques semaines plus tard, je me suis envolé pour la Finlande, laissant derrière moi un Burkina-Faso en proie à des troubles. Des vagues de manifestations secouaient  l’ensemble du pays, et en plus des civiles et des divers syndicats des travailleurs du publique et du privé, un grand groupe de militaires y participe également.  Avec du recul, on se rend compte que ces troubles étaient les signes avant coureurs  des soulèvement populaire en automne 2014 qui a contraint Blaise Campaore, qui régnait en despote au Burkina-Faso depuis 27 ans, à prendre la fuite.

Après  mon séjour au Burkina-Faso, le processus de « Cotton Project » a continue de la rédaction du script de la représentation, mes recherches effectuées pour la plupart sur Internet, mes conversations avec les artistes engagés de mon groupe de travail, sessions de travail communes du groupe de travail ainsi qu’une pause dans le projet pour raison familiale. Au fil du processus, des questions sur ma position « d’une européenne blanche » ainsi que les avantages et le pouvoir lié à cette position devenaient des aspects centraux. J’ai commencé à examiner les motifs  et la légitimité de mon travail avec un œil critique. Est-cu qu’en définitive dans ce travail le motif ne serait pas mon envie de me construire une renommée en tant que créatrice du théâtre parlant au nom des « pauvres agriculteurs des pays en voie de développement » ? De quel droit devrais-je utiliser la situation difficile que vivent les autres personnes comme matériaux pour construire ma représentation ? En plus je commençais à  avoir des sentiments d’incertitude, un que le monde des cultivateurs de coton et celui des consommateurs de produits de coton sont si éloignés qu’il ne valait même pas la peine d’essayer de construire un pont entre eux, et qu’il n’était vraisemblablement pas souhaitable de construire un tel pont.

Lors d’une conversation avec un chercheur au printemps 2016,  j’ai décrit les motifs les motifs de mon travail en disant “Je souhaite donner la parole aux cultivateurs  de coton ». À ce moment-là, une idée de travail de thèse s’est développée autour de l’œuvre théâtrale « Cotton Project ». « Mais ils ont une voix », fait remarquer le chercheur. « Il s’agit plutôt de structures qui empêchent les cultivateurs de coton de se faire entendre.

Naît alors l’idée d’un blog où des conversations, avec des cultivateurs de coton seraient publiées. En collaboration avec Frédéric Bado et Charles Ouassaikoné de l’Association Autonome et Multidisciplinaire A. A. M., les cultivateurs de coton du village de Karaba ont été contactés et l’idée du blog  leur a été soumise. Je supposait automatiquement que les cultivateurs de coton souhaiteraient que leur l’anonymat soit protégé afin de ne pas faire l’objet de représailles. Ma supposition se révèle fausse quand j’ai reçu un message du village de Karaba par le biais de Charles Ouassikoné que j’ai dans un premier temps mal à croire.  Les cultivateurs de coton veulent parler de leur situation avec leurs noms et leurs visages découverts. Jean-Baptiste Siéza résume les pensées de sa communauté quand il a dit : « Nous espérons qu’en participant à ce projet, nous nous ferons entendre et que quelque chose sera fait pour ameliorer notre situation.

Marc Sieni ja miehet

Marc Siéni et les agriculteurs de coton du village de Karaba lors de la réunion du blog Connected by Cotton en septembre 2016. Photo : Charles Ouassikoné.

L’un des objectifs centraux du blog « Connected by Cotton » est de favoriser le dialogue entre les acteurs à la base du réseau mondial de production et de consommation du coton. Sur le blog, Jean-Baptiste Siéza et ses collègues du village de Karaba parlent de leurs expériences de l’agriculture du coton en tant que travail et moyen de subsistance lors des différentes étapes de la saison cotonnière 2016/2017.

Nous vous invitons cordialement, vous et tous ceux qui d’une manière ou d’une autre ont le coton présent dans leur vie, à vous joindre à cette conversation entamée par les cultivateurs de coton du village de Karaba et à dire quelle place le coton occupe dans votre vie. Vous trouverez des instructions pour participer sur notre blog.

 

Plus d’informations:

Blog Connected by Cotton

Association Autonome et Multidisciplinaire A.A.M.(Burkina Faso)

Author

Riikka Bado

Riikka Bado est une metteuse en scène spécialisée dans le théâtre d’investigation.
Related